ADAMA 04 Web

 

Niveau 6ème / 5ème / 4ème / 3ème

Réalisateur : Simon ROUBY

Date : 2015

Durée : 1h22

Genre : Animation

 Adama le chemin parcouru

Synopsis :

Adama, 12 ans, vit dans un village isolé d’Afrique de l’Ouest. Au-delà des falaises, s’étend le Monde des Souffles. Là où règnent les Nassaras. Une nuit, Samba, son frère aîné, disparaît. Adama, bravant l'interdit des anciens, décide de partir à sa recherche. Il entame, avec la détermination sans faille d’un enfant devenant homme, une quête qui va le mener au-delà des mers, au Nord, jusqu’aux lignes de front de la première guerre mondiale. Nous sommes en 1916.

 
 
 
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ADAMA, le livre

Sortie en librairies le 23 septembre 2015

Histoire graphique de Julien Lilti et Simon Rouby

1916, Afrique de l’Ouest. Adama, 12 ans, quitte son village, bravant l’interdit des anciens. Car au-delà des falaises s’étend le Monde des Souffles, un monde en guerre. Adama part à la recherche de son grand frère engagé dans l’armée française. Pour le retrouver, il devra traverser la mer puis voyager jusqu’au front qui déchire l’Europe, et mener à terme sa propre initiation.

 Plus qu’une novellisation, Adama le livre a l’ambition, comme le film, d’être une oeuvre, un objet littéraire à part entière. Son personnage principal, Adama, y livre son récit à la première personne ; c’est un héros attachant qui traverse l’Histoire avec une obstination et une innocence propres à l’enfance. Mêlant deux thèmes forts, l’Afrique et la Grande Guerre, son voyage périlleux connaîtra une fin tout aussi heureuse qu’inattendue.

Ces réactions d'enseignants ont été recueillies par courrier électronique à l'issue des projections enseignants en avant-première du 26 septembre et du 18 octobre.

« ADAMA est une réussite esthétique. Un travail sur l'image est intéressant à effectuer avec les élèves. C'est aussi un film émouvant, aux nombreuses idées puissantes, foisonnantes, aux nombreux symboles... Il engage une réflexion sur le thème de l'enfance et de la guerre, sujet malheureusement toujours actuel. Le document pédagogique est riche, rigoureux. Il est utile pour les enseignants. Il ouvre des perspectives auxquelles on n'a pas toujours pensé. Il permet de gagner du temps pour la préparation de la séquence de travail, ce qui est important quand on a beaucoup de travail (plusieurs classes, de nombreuses  copies à corriger, des classes d'examen...) »

« J'ai vu ADAMA avec mon garçon de 8 ans qui est en CE2. Nous avons été touchés, bouleversés par ce film. Le récit peut sembler parfois complexe mais mon garçon s'en est très bien accommodé et est passé au-delà en attribuant la complexité "aux esprits" qui pouvaient accompagner Adama. Il a ensuite très bien situé le film dans la 1ère Guerre Mondiale. En tant qu'enseignante, je pense que c'est un film très riche qui peut vraiment être exploité en classe, plutôt en CM2. »

« Le point de vue adopté apporte un regard décalé sur la Première Guerre mondiale, en particulier le rôle de l'Afrique et des tirailleurs sénégalais, tout en suggérant l'horreur de la guerre. La graphisme est très esthétique et souligne l'onirisme de l'enfance, de même que la musique. La multiplicité des niveaux de lectures (réalité de la souffrance, rêve du retour au foyer) montre la richesse des approches.En somme, un film d'une grande beauté. »

« Une nouvelle manière d'aborder le sujet. Très bien pour des CM2. »

« Beau film qui a l'intérêt d'évoquer les troupes coloniales et permet de croiser l'étude des écrits de guerre et du récit d'enfance et d'adolescence (en Français) avec le programme d'Histoire. Un travail sur les choix esthétiques et une analyse de certaines séquences sont aussi possibles dans ces matières ou en Arts plastiques. »

« J'ai bien aimé ce film qui oscille à la fois dans un univers très réel et onirique en même temps. La mise en couleur est très bien faite, les personnages ont un accent de vérité (veines qui palpitent par exemple) tout en restant des dessins. Les univers présentés sont intéressants. J'ai apprécié le point de vue de l'enfant adopté dans le film qui permet de glisser entre des visions, des réalités telles qu'elles sont perçues par ses yeux. »

« C'est un film magnifique, d'une grande sensibilité et d'une réalisation graphique subtile et très émouvante. Il me paraît tout à fait adapté à un travail en classe, tant au niveau de la thématique que du travail artistique. »

« C'est une façon intéressante d'aborder la guerre de 14 et l'implication de soldats africains. La représentation des scènes de guerre est particulièrement réussie, artistique, parfois poétique dans l'ellipse de l'horreur et le sous-entendu et à bien des égards fait penser à des œuvres d'Otto Dix. Le film me paraît bien adapté à un travail en classe, particulièrement dans notre contexte de multiculturalisme. »

« Je ne vois aucun défaut à ce film d'animation que je ne suis pas loin de considérer comme un chef d’œuvre tant sur le plan du scénario, que de la réalisation et de tout le reste ! Il me paraît tout à fait approprié au public lycéen qui est le mien, aussi bien pour le niveau 1ère en Histoire que pour des élèves de l'option Cinéma Audiovisuel... ou pour tout autre travail transdisciplinaire. »

« J'ai assisté avec beaucoup de plaisir à cette avant première et ce film est formidable : La grande Histoire racontée sous forme d'un conte, le traitement des images et de la musique, tout cela est magnifique ! Le dossier pédagogique pour le primaire est vraiment très bien pensé et le travail proposé est tout à fait adapté à des élèves de CM1-CM2. J'ai hâte d'amener mes élèves voir ADAMA et de travailler sur le film ensuite. Cela sera un formidable support pour aborder la 1ère Guerre mondiale. »

« Très bon film, le film est très réaliste pour un film d'animation et le sujet singulier trop rarement abordé et bien traité. »

« J'ai beaucoup aimé. L'animation est très belle, les paysages magnifiques ; très belle reconstitution de Paris aussi. L'histoire est prenante et permet d'aborder de nombreux sujets. Le film paraît adapté à un travail en classe, mais il faut que les élèves soient bien préparés car les thèmes sont complexes et les images du front marquantes. »

« Ce film est un joli conte qui rend hommage aux tirailleurs exploités abusivement. C'est une belle histoire qui parle des atrocités de la guerre sans pour autant en montrer des images violentes. C'est intéressant aussi par rapport aux migrants et au périples de ceux qui quittent leur pays. Le déracinement est aussi évoqué de manière subtile. Le courage de ce gentil garçon est un petit peu exagéré, mais ça passe bien. »

« En Histoire-Géographie, on pourra revenir sur la Grande Guerre, les armes utilisées dans les tranchées, etc. mais aussi sur la manière dont les Africains pouvaient être mis à contribution ou encore sur l'urbanisme de Paris au début du XXe siècle et plus largement sur la question du développement économique des pays dits du Nord ou du Sud. En Français, on pourra s'appuyer sur ce film pour interroger certaines notions : le conte et ses limites quand il a un ancrage dans la réalité, la construction de l'histoire, le récit d'aventures (au programme des 5e), le style pour lui-même et pour faire mieux passer un message ; le film pourrait aussi nourrir des récits argumentatifs, des débats, des récits d'invention multiples. »

 « Une très bonne surprise, une histoire forte, loin des stéréotypes sur les tirailleurs sénégalais et autres composantes de la force noire de Mangin. Un délice visuel et musical. Un graphisme d'un esthétisme absolu, une histoire magnifique une évocation émouvante du déracinement des africains et autres peuples des colonies pour sauver la terre de leurs "ancêtres gaulois ". »

« Film magnifique du point de vue de la qualité et de la variété des images, notamment les visages animés de manière très expressive, les paysages poétiques avec ses jeux de couleur. »

« J'ai apprécié ce film pour le sujet traité, la Première Guerre mondiale vue depuis l'Afrique. La qualité esthétique m'a séduite. Mélange de 3D et de 2D, effets de souffle, couleurs... Au visionnement, je me posais des questions sur la manière dont les élèves de 6ème – 5ème vont arriver à articuler l'onirique et le réel, point sur lequel le dossier pédagogique revient. »

« Un film magnifique et très exploitable pour : la richesse des sujets (l'Histoire - guerre de 14-18 - la participation des Africains au conflit mondial, le contraste entre l'Afrique et l'Europe , le déracinement, l'aventure, les relations  sociales et familiales, le lien entre les deux frères, etc.), la beauté des images et des couleurs, la force des contrastes (ex. le pays d'Adama et le front), la qualité de l'animation et les différentes techniques utilisées (ex. stylisation, poudre, etc.), le réalisme de l'expression des sentiments (ex. émouvant visage d'Adama en gros plans), le récit initiatique sous forme de conte, la musique, la durée (parfaite, pas trop longue). »

« Le film est magnifique, très intéressant du point de vue de la technique d'animation, assez originale. L'histoire est très belle et accessible aux enfants. Le côté conte africain donne une dimension plus joyeuse à ce film qui traite d'un sujet très triste... et il permet aux personnages de ne pas vivre des scènes dramatiques. »

« J'ai eu un véritable coup de cœur pour ce film: esthétique et poignant, historique et actuel, sensible et réaliste ! À ce jour, les défauts que j'avais perçu sur la bande-annonce (irrégularité de certains traits par exemple) ont été dissipés grâce aux intervenants qui ont expliqué les techniques de réalisation. »

« J'ai beaucoup aimé le film, la thématique tout d'abord, le rôle des colonies dans la guerre. Le personnage d'Adama, qui poursuit sa quête sans relâche est une belle figure enfantine. Mais surtout, j'ai apprécié l'esthétique du film, ces sculptures animées sont vraiment magnifiques et le "grain" est très original et surprenant. »

« J'ai adoré l'esthétique et la façon très fine et poétique de parler de choses graves. »

« Beau film, tant du point de vue du fond que de la forme. L'esthétique avec son côté artisanal contribue à apporter de la poésie au traitement du sujet. J'ai beaucoup aimé  le mélange de réalisme et de merveilleux, l'utilisation du conte pour évoquer l'Histoire. Ce choix me semble bien souligner le choc culturel qui s'ajoute au choc de la guerre pour ces soldats africains. Qui plus est le conte est une bonne façon d'impliquer le spectateurs et de les inviter à la réflexion ; ce ne sont plus les seuls faits historiques qui s’imposent. Son défaut, si on peut parler de défaut, est de ne pas aborder de façon assez claire la place de ces soldats africains dans l'armée française pendant et après la guerre. Par touches, la critique se devine, à travers le personnage du Fou/Chamane, notamment, mais cela reste peut-être trop ténu pour des élèves... »

« C'est un film magnifique : l'idée de la découverte de l'Afrique, de l'Europe colonisatrice dite civilisée et de la guerre à hauteur d'un enfant pour qui l'Autre est une tribu non déterminée par sa couleur mais par ses mirages numéraires, par l'envol aussi vers un ailleurs (pour mes ados et pré-ados ce n'est pas négligeable), est prodigieuse. Il y a là une mine d'exploitations possible avec des enfants de tous âges, en classe comme dans des centres de loisirs ou en famille. »

 « Enseignante en classe de CM1, j'ai beaucoup apprécié le film. J'ai aimé sa façon de raconter les choses à hauteur d'enfant, et donc de façon compréhensible pour du jeune public. Pour autant, j'ai également apprécié le fait qu'il aborde véritablement l'horreur du conflit. Pas de cruauté inutile des images mais "ce qu'il faut "pour que les enfants s'en fassent une idée qui touche leur propre sensibilité avant de compléter cet apport par un travail plus documenté en classe. Je compte bien emmener mes élèves voir ADAMA, alors même que cela ne correspond pas vraiment au programme d'Histoire de mon niveau. Je pense que cela correspond par contre à des universels de questionnement sur nos origines communes, sur le devenir de tout pré-adolescent, sur la responsabilité de chacun vis à vis de son héritage culturel. »

 « J'ai apprécié ce film qui, entre magie et réalité, fait se rencontrer deux mondes que l'on reconnaît bien à travers les paysages, les traditions (le "fou" ou le sage qui chante l'histoire d'une civilisation ancestrale loin des préoccupations matérialistes du monde européen). La curiosité des jeunes gens enfermés dans le carcan de ces traditions et des falaises "voir l'ailleurs : les Nassaras : les blancs....", (réflexion à plus long terme sur cette jeunesse avide de s'échapper vers un monde meilleur qui se révèle un monde cruel : extension sur les migrants clandestins ?), les réactions des personnages (sculptures superbes) entre espoir et désespoir, profit et prise de conscience....et bien sûr, la vision de ce monde industrialisé, de la guerre 14-18 (monde gris contre le monde de lumière) avec toutes les références picturales que nous utilisons en cours.... »

«  J'ai été bouleversé par ce film. Très beau sujet, humaniste et grave où fond et forme font toujours sens. Le scénario est magnifique car il montre des épreuves, des douleurs, des souffrances (l'évocation de dures réalités de la vie des hommes) mais sous forme de conte (enfant-héros qui, avec toute son énergie et son élan de vie, va retrouver son frère) avec une fin lumineuse. Par cette traversée d'un continent à l'autre, d'une culture à une autre, d'un village en paix à un pays en guerre, d'une nature -estivale- paradisiaque à des villes -hivernales- en ruines, vécue par un enfant, le film nous sensibilise à l'expérience terrible de ces soldats africains plongés dans l'enfer de la guerre menée par la "mère patrie"… Les différentes techniques utilisées rendent les personnages et les situations très réels (vraie empathie pour les personnages "à fleur de peau", vraie terreur lors des séquences au front, désolation devant les horreurs de la guerre…). Ce film est une chance pour un pédagogue qui peut mener une séquence très riche dans toutes les disciplines (Histoire- Géographie, Éducation civique, Arts et Sciences, Français). Source "accrocheuse" pour nos élèves ! »

http://www.transmettrelecinema.com/film/adama/

Les premières minutes et le pitch pouvaient laisser craindre une leçon d’histoire ou une narration trop classique mais Simon Rouby, le réalisateur, va jusqu’au bout de son projet à la singulière esthétique.

Le récit devient de moins en moins littéral, abordant même un certain onirisme, si bien que la vision du réel se mêle à un conglomérat de visions tantôt cauchemardesques, tantôt cathartiques, le tout guidé par un personnage mi-sage mi-fou. S’il ne verse jamais dans le simplisme, le scénario reste simple et presque trop linéaire, si bien qu’on a l’impression que l’épilogue survient trop rapidement, nous laissant sur notre faim. Mais ne perdons pas de vue que le film – qui contentera les adultes, est surtout réalisé pour convenir aux enfants. La durée assez courte (1h22) et l’épuration narrative rendent ce conte très lisible et surtout nous épargne la violence physique (nous verrons peu de corps meurtris) de la guerre qui traumatiserait les plus jeunes. Bien heureusement, cette violence est malgré tout présente, tout autant que la tension psychologique qu’elle génère mais on n’apercevra pas une seule goutte de sang et les blessés de l’infirmerie seront dépeints avec une grande pudeur. Finalement, c’est plutôt le dissimulé des atrocités qui nous affecte le plus, tout en permettant aux plus jeunes de voir le film. Cela n’était pas si aisé quand on découvre que Simon Rouby et Julien Lilti, le scénariste, ont fait de Verdun l’apothéose du film.

En effet, à son approche, la tension monde de manière graduée et maîtrisée. On saluera donc la précision du rythme d’Adama, certes assez aisée vu la simplicité de l’intrigue qui suit son personnage éponyme, sans faire aucune digression. Ajoutons aussi qu’il s’agit du premier long-métrage du réalisateur, et surtout du premier film d’animation à être entièrement produit à La Réunion. On souligne l’originalité de l’animation du film aux techniques hybrides, alliant 3D et 2D, un véritable challenge technique. On fera la même observation que dans la critique de Tout en haut du monde, autre découverte applaudie dans la semaine : le traitement inhabituel de l’image aurait pu être un danger pour l’immersion du spectateur dans l’histoire mais la cohérence visuelle prime, tant et si bien que le film est agréable à suivre. Et, comble de la cohérence : les personnages (et seulement les personnages) ont d’abord été réalisés en argile, puis scannés et animés en 3D. L’équipe a ainsi dû travailler en étroite collaboration avec des artistiques plasticiens, évoquant la stop-motion. L’œuvre apparaît ainsi bien plus fluide qu’un film exclusivement tourné en stop motion.

Il nous semble finalement logique que la terre soit le vecteur visuel de l’aventure du héros qui prend source en ce sol. Par ailleurs, l’aîné enrôlé dans l’armée a décidé de combattre aux côtés des français (en réalité à leur service) précisément pour échapper au labourage.

« Ces choix visuels sont voulus et uniquement liés au scénario du film. Ils traduisent principalement la perception qu’a Adama du monde qui l’entoure », décrit Simon Rouby. À la lumière de cette déclaration, on comprend que le mélange des techniques, tout en permettant une grande immersion grâce à la 3D, propose des contours imparfaits qui se calquent sur la perception du réel. D’emblée, le parti pris graphique est lisible ; dans Adama, on s’intéressera plus au ressenti du jeune garçon qu’au réel lui-même. Cela épousera une certaine poésie de plus en plus prégnante, ne perdant jamais de vue l’origine de l’histoire : les terres africaines pétries de contes et légendes. Pas besoin de nombreuses scènes ou de dialogues multiples pour comprendre les enjeux du récit ou s’attacher aux personnages. Ce qu’Avril et le Monde truqué ne parvient pas à faire, c’est-à-dire immerger dans des ambiances, baigner le spectateur dans un univers dense, Adama le réalise.

 

Force est de constater que le film parvient en toute simplicité à nous saisir d’effroi pendant les scènes de guerre. Accessible aux enfants, il retranscrit la violence d’une Europe à feu et à sang par un jeu de couleurs ou de symboliques. De plus en plus fébriles à l’approche de Verdun, on se glisse véritablement dans la peau d’Adama.

 

Le jeune garçon, intrus sur le champ de bataille, observe ébahi des scènes inouïes, finalement à l’instar des tirailleurs africains enrôlés par la France. Étranger du territoire ou aux enjeux de cette guerre, il traverse le pays relativement insouciant, ne pouvant imaginer l’enfer vers lequel il se dirige. Ce que nous propose Adama, c’est un véritable voyage dans le temps. Le parallèle est alors fort entre notre ressenti de citoyen en zone pacifique et celui du héros qui débarque au milieu d’un carnage qu’il ne comprend pas. La plus grande réussite du film est donc de nous faire ressentir son statut d’étranger au cœur d’une guerre à laquelle il n’est pas censé participer. Chaque minute dégage une impression de surréalisme (qui confinera finalement au registre fantastique) rappelant que ces scènes, pourtant inspirées de l’histoire dramatique des soldats sénégalais enrôlés par l’armée française, sont une erreur de l’Histoire. La fin du film un peu précipitée laisse un vague sentiment d’inachevé mais réussit toutefois son pari : nos poumons, comprimés par la pression de Verdun, se remplissent à nouveau d’oxygène quand les couleurs dominantes à l’écran se teintent à nouveau d’ocre. Finalement, le soulagement ultime se déploie quand on aperçoit l’Afrique du siècle précédent. Cette vision, qui évoque pourtant l’inconnu au spectateur occidental de 2015, nous rassure. En redécouvrant un monde qui pourrait nous déstabiliser par son caractère exotique, on se sent chez soi. La fusion entre notre esprit et celui d’Adama est donc totale. C’est ce qu’on appelle du cinéma, tout simplement.

 

Par Anaïs Tilly, pour Courte-Focale
www.courte-focale.fr

Les bruits

 

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Catégorie : Clefs pour le cinéma

 

Le son d’un film est le résultat du mélange (le “ mixage ”) de trois bandes magnétiques différentes :

 

  1. La bande des dialogues
  2. La bande musique
  3. La bande bruits, composée des bruits proprement dits (bruits de pas, chute d’objets…) et des « ambiances » (vent, pluie, brouhaha…).

 

Lors du mixage, on établit une “ version internationale ” (V.I.) qui ne comporte que la musique et les bruits, et sur laquelle on pourra enregistrer de nouvelles paroles en langue étrangère.

 

Il est donc nécessaire de séparer le mieux possible les paroles des bruits. L’ingénieur du son va donc, dès la prise de son sur la tournage, privilégier la parole et atténuer les bruits et enregistrer des “ sons seuls ”, c’est-à-dire des bruits et des ambiances sans la voix des comédiens.

 

Certains bruits ne peuvent être enregistrés “ en direct ” ; trop puissants, trop faibles ou déformés, ils paraîtraient faux. On a alors recours à un bruiteur, artiste qui, dans un auditorium, fabrique, à l’aide des objets et ustensiles les plus incroyables, les bruits et ambiances en synchronisme avec les images du film qui défilent sur un écran. Cette opération est appelée “ bruitage ”.

 

Jacques Tati a pleinement utilisé cette possibilité de “ recréer ” artificiellement les sons pour leur donner une valeur comique. Ainsi, lorsque nous pénétrons dans l’usine de M. Arpel, cet univers industriel est quelque peu ridiculisé par les incessants va-et-vient de la secrétaire, dont le bruit de ses talons-aiguilles est “ bruité ” avec des balles de ping-pong !

 


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Le cadre et les fonctions du cadre

 

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Catégorie : Clefs pour le cinéma

 

L’image cinématographique s’inscrit à l’intérieur d’un cadre rectangulaire délimité par l’obscurité de la salle. Ce cadre est un élément essentiel de l’esthétique du cinéma. Car à la différence de la peinture, le cadre au cinéma est davantage un cache qu’un cadre (tel qu’on peut le trouver autour d’un tableau).

 

En effet, il a une double fonction :
– celle de dérober à notre regard une partie de la “réalité” – ce que l’on ne voit pas et qu’on appelle le hors-champ,
– celle de révéler ce que nous montre l’image – le champ – qui tire sa force du fait justement qu’une autre partie est cachée.
De ce double mouvement, cacher/révéler, naît la puissance de la représentation. Rappelons ici, que le cinéma est le dernier né des grands arts de la représentation.

 

Les grands cinéastes de l’époque muette (Chaplin, Keaton, Lang…) ont développé à l’extrême une conception du “cadre-prison” qui entretenait un conflit perpétuel avec les mouvements qui s’inscrivaient à l’intérieur de celui-ci. M le maudit, en 1931, de Fritz Lang, en est l’un des exemples les plus parfaits : le criminel poursuivi se retrouvant littéralement piégé dans ce cadre, symbolique d’une organisation sociale, elle-même pourvoyeuse de telles pulsions criminelles.

 

Jean Renoir va développer une nouvelle conception : “le cadre-fenêtre” qui s’apparente davantage à une ouverture qu’à un enfermement. Ouverture sur le monde, ouverture sur un imaginaire, son cadre devient mobile. Considérant que son cadre se déplaçait sur la surface des choses comme un regard, André Bazin a pu le comparer à une caresse : “ Son découpage ne procède pas de l’habituelle anatomie qui dissocie l’espace et la durée de la scène d’après une hiérarchie dramatique a priori, il est celui d’un œil avisé et mobile. […] Le recadrage se substitue donc, autant que possible, au “ changement de plan ” qui introduit non seulement une discontinuité spatiale qui n’est point dans la nature de l’œil, mais surtout consacre la réalité du “plan” c’est-à-dire d’une unité de lieu et d’action, d’un atome de mise en scène dont la combinaison avec d’autres atomes constitue la scène, puis la séquence ” (in Jean Renoir, éd. Champ libre, Paris, 1971).

 

Renoir joue constamment avec cette idée de cadre, comme s’il s’agissait, pour lui, d’en appeler à notre liberté du regard, de nous dire que le cinéma le moyen de l’exercer, et de nous inviter ainsi à redécouvrir le monde.

Le cadre, c’est le rectangle qui délimite l’image au cinéma. À l’intérieur de ce rectangle, s’inscrit l’image : c’est le champ. À l’extérieur, le noir de la salle : c’est le hors-champ. Le premier inclut une partie de la perception, tandis que le second en exclut.

La représentation
Cette perception est celle d’un spectateur dont le regard constitue le sommet d’une pyramide dont l’écran serait la base. Et ce dispositif – le point de vue associé au rectangle qui “encadre” la vision – est ce qui permet de passer de la “réalité d’une perception” à une “représentation de la réalité”. Nous pourrions en dire tout autant du théâtre où le “manteau d’arlequin” et la rampe jouent précisément la même fonction. Cette triangulation est à la base du système de représentation au cinéma dans la mesure où le projecteur occupe, par rapport à l’écran, le sommet de la pyramide. Au propre, comme au figuré, le cinéma est donc de surcroît un art de la “projection”.

Cadre fermé / cadre ouvert
Chez certains cinéastes tels les Allemands Friedrich W. Murnau ou Fritz Lang, le cadre est volontairement fermé : tout se passe à l’intérieur de celui-ci, et ce « cadre-prison » prend lui-même un rôle capital dans la dramaturgie du film. À l’inverse, un cinéaste comme Jean Renoir conçoit le cadre comme une « fenêtre ouverte sur le monde ». Le cadre devient alors très mobile, découvrant constamment des choses nouvelles, suscitant notre désir de voir ce que le cadre nous cachait (le hors-champ) ou notre regret de ne plus pouvoir voir ce qu’il nous montrait.

Regard de l’auteur / regard du personnage
Le cadre “matérialise” donc le regard de l’auteur, rend sensible son point de vue sur le monde (sa “vision du monde”), que ce soit son propre point de vue, celui qu’il prête à l’un de ses personnages ou bien encore celui avec lequel il voit son personnage regarder les êtres et les choses (cf. Le Garçon qui ne voulait plus parler qui, en laissant souvent le cadre – de la fenêtre – visible dans le champ rappelle constamment cette fonction de représentation au second degré).

Regard / projection du spectateur
Ultime fonction du cadre : c’est sa faculté à susciter de la part du spectateur la projection de ses propres affects, de son propre désir. De là résultent certains principes de mise en scène (cf. Hitchcock) selon lesquels ce ne sont pas tant les “représentations de la réalité” qui sont travaillées par le cinéaste que les représentations que le spectateur s’en fait.


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Le regard caméra

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Catégorie : Clefs pour le cinéma

C’est le moment dans un film où la personne filmée regarde dans l’objectif de la caméra. Voici une exploration, à travers différents extraits, de la valeur que peut prendre ce procédé.

Dans Paris, Christophe Honoré, 2006
Dans le premier extrait, le réalisateur Christophe Honoré fait s’adresser son personnage au spectateur. La surprise produite par le premier regard qu’il lance vers l’objectif de la caméra (« Non, non, vous ne vous trompez pas, il s’agit bien d’une apostrophe » dit le personnage) nous renseigne sur l’interdit, développé plus bas dans ce texte, que constitue d’ordinaire le regard caméra.
En 2006, date de sortie de ce film au cinéma, le regard caméra n’est plus une audace formelle.
Le procédé participe ici :
1) de la construction d’un personnage, celui de Jonathan (Louis Garrel), l’hédoniste du film qui, par nature, relativise les problèmes. Et de fait, le regard caméra instaure une distance par rapport au récit. Ils seront une respiration bénéfique, un détachement par rapport à l’humeur noire du frère, Paul (Romain Duris), englué dans sa dépression.
2) de l’esprit et du style du film. En dandy mélancolique Christophe Honoré cultive les références à cette période effervescente du cinéma français, celle de la Nouvelle Vague française. On retrouve chez lui les regards caméra chers à Godard mais aussi son gout pour la langue française, comme chez Rohmer, ainsi que la sincérité et l’insouciance des personnages de Jean-Pierre Léaud chez Truffaut, qui sont rejoués par Louis Garrel. En 2006, ces traits formels inscrivent certes le film dans cette lignée artistique, mais le parent aussi – et surtout – d’une nostalgie raffinée très stylée…

À bout de souffle, 1960 et Pierrot le fou, 1963 de Jean-Luc Godard
… Car en traversant l’histoire, le regard caméra s’est muté en marque de fabrique de ce mouvement artistique français né au début des années 60 en France. Mais à l’origine, l’utilisation entre autres moyens, du regard caméra a fait lïfet d’une insurrection artistique, et a véritablement produit une cassure révolutionnaire dans l’histoire du cinéma.
Dans A bout de souffle et Pierrot le fou le spectateur de cette époque, jusque là habitué à « s’oublier » dans le film grâce à la forte impression de réalité produite sur lui par le cinéma, est soudain bousculé par l’adresse directe du personnage/acteur à son égard. C’est ce qu’exprimait Roland Barthes dans L’obvie et l’obtus (Essais critiques III, Paris, édition du Seuil, 1982)  à propos du cinéma narratif classique «Un seul regard venu de l’écran et posé sur moi, tout le film serait perdu». Par le procédé du regard caméra, Godard perce l’univers hermétiquement clos de l’histoire et force le spectateur à se rappeler la présence d’un intermédiaire jusqu’ici bien dissimulé : le réalisateur, qui, avec sa caméra opère une reconstruction du réel qu’il enregistre. Désormais, le cinéma entrera dans un second degré d’existence. Il ne se contentera plus de raconter des histoires mais pourra se prendre lui même comme sujet de réflexion dans un film.

Les 400 coups, 1959 de François Truffaut, Monika, 1953 de Ingmar Bergman
Un an avant À bout de souffle, François Truffaut utilisa lui aussi le regard caméra dans les 400 coups, en 1959. Mais cette fois le regard d’Antoine Doisnel (Jean-Pierre Léaud), le personnage principal, intervient à la fin du film. Alors que nous venons de partager son enivrante course vers la liberté (il parvient à s’échapper d’un centre pour mineurs délinquants), son rythme s’apaise et son regard se plante dans les yeux du spectateur. La gravité de ce regard dirigé vers la caméra force le spectateur, confortablement assis dans le noir, à considérer le destin du personnage, l’implique. Cet engagement moral demandé au spectateur constitue aussi un des traits de la modernité du cinéma.
Truffaut s’inspire d’un autre célèbre regard caméra, aussi lourd de questionnement moral, celui de Monika, dans le film éponyme de Ingmar Bergman de 1953.

Récréation, 1992 de Claire Simon
Raging Bull, 1980 de Martin Scorsese
Sur la plage de Belfast, 1996 de Henri François Imbert : regard caméra et authenticité
Dans le film documentaire, qui par définition revendique un contenu non fictionnel, l’impression de réalité est encore plus forte que dans le cinéma classique dans lequel « s’oublie » le spectateur. Dans Recréation, la réalisatrice Claire Simon choisit l’immersion pour saisir la spontanéité des jeux d’enfants dans une cour de l’école…jusqu’à ce que le regard d’une fillette qui s’intéresse soudain à la caméra vienne nous rappeler la présence de la réalisatrice et la part de subjectivité existante, même dans un film documentaire.
Le film de famille retrouvé par Henri François Imbert dans Sur la plage de Belfast, se donne immédiatement comme tel grâce aux regards caméra qu’il contient.
Avec le bougé et le flou, le regard caméra devient un code du film amateur. Il est intégré naturellement par la fiction quand il s’agit de créer un faux home movie (Raging Bull)…A tel point que son absence sur des images bougées et de mauvaise définition suffit à trahir la fiction. Par exemple, le réalisme des images et des comportements dans L’Esquive, d’Abdellatif Kechiche, ne pourraient pas tromper un spectateur (même si ce n’est bien sûr pas le projet du film) car les personnages, aussi authentiques soient ils, ignorent totalement la caméra qui les filme.

The Adventurer, 1917, Charlie Chaplin
Docteur Jerry et Mister love, 1963, Jerry Lewis

Annie Hall, 1977, Woody Allen
Issu des arts de la scène (cirque, music hall), le comique burlesque a emmené avec lui, lors de son passage à l’écran, un certain nombre d’éléments scéniques comme la frontalité du cadrage typique des premiers films ou encore les adresses directes au spectateur. Le regard caméra va donc persister et être utilisé par les comiques burlesques comme gag.
Dans Le cinéma burlesque ou la subversion par le geste (ed. L’Harmattan, 2007), Emmanuel Dreux défini le gag comme « un écart par rapport à un ordre programmé ». C’est bien de cela qu’il s’agit lorsque, dans Docteur Jerry et Mister Love, le personnage continue à faire du bruit alors qu’il vient d’ôter ses chaussures. Par son regard incrédule à la caméra, Jerry Lewis redouble ce gag, mais en créé aussi un nouveau : nous ne nous attendions pas à le voir nous regarder.
Woody Allen, qui a fait ses classes comme comédien de stand up, utilise aussi l’aparté dans plusieurs de ses films, et de façon marquée dans Annie Hall. L’aparté de Alvy Singer au spectateur – que n’entend pas le personnage joué par Diane Keaton – participe bien sûr d’une distanciation (nous prenons conscience de notre posture de témoin car nous avons entendu et sommes en mesure de trancher leur malentendu) mais aussi de ce plaisir de l’écart.

adama-illustration

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Adama est un jeune garçon de 12 ans. Il habite un village paisible d’Afrique de l’Ouest entouré de ses parents, agriculteurs, et de son grand frère Samba. Les villageois ne quittent quasiment jamais leur village que de hautes falaises protègent du Monde des Souffles. Mais Samba s’est déjà aventuré par delà les falaises et y a fait la rencontre des «Nassaras», contre lesquels les autorités du village mettent en garde. Une nuit, Samba quitte brusquement le village, laissant à son petit frère les quelques pièces d’or que les Nassaras, des soldats recruteurs de l’armée française, lui ont données en échange de son engagement dans leur guerre : la Première Guerre mondiale. Pour les autorités du village, Samba est perdu et ne reviendra jamais au village. Adama ne peut se résoudre à une telle fatalité, d’autant que son frère lui a promis qu’il serait de retour pour les récoltes. Alors le jeune garçon décide de partir lui aussi à la rencontre des Nassaras pour leur rendre leur or et récupérer Samba. Mais cet échange n’aura pas lieu et Adama embarque, clandestinement pour sa part, sur un cargo qui l’emmène par delà les mers, en France. Sa quête le mènera jusqu’au front de guerre, à Verdun. Nous sommes en 1916.

Adama, Le Monde des souffles s’inspire de l’histoire d’Abdoulaye N’Diaye, ancien combattant de la Première Guerre Mondiale et probablement dernier survivant des unités de «Tirailleurs sénégalais» ayant servi pendant ce conflit. Il décède à 104 ans en 1998 dans son village natal de Thiowor, près de Dakar au Sénégal, la veille de la cérémonie où il devait se voir remettre la légion d’honneur par le gouvernement français. C’est un peu de son histoire et de celle des soldats africains mobilisés lors de la Première Guerre mondiale (180000 hommes environ) que le réalisateur Simon Rouby et son co-scénariste Julien Litli ont voulu évoquer dans ce film, à la fois teinté de la magie des contes et constellé de références historiques et culturelles au début du XXe siècle.

Ce dossier pédagogique propose quelques pistes d’animations simples à mettre en oeuvre et dont le but est de permettre aux enseignants d’approfondir en classe, au retour de la vision, les connaissances, réflexions et sensations que le film a pu éveiller chez les jeunes spectateurs.

Thématiques abordées dans le dossier

Éthique, éducation, mœurs
Géographie
Histoire
Société
Psychologie
Politique
Arts, littérature et musique
Sciences, techniques, environnement

Aspects du film analysés

Personnages
Mise en scène
Sens du film
Scénario
Réactions, émotions, point de vue des spectateurs
Vérité et fiction

Mots-clés

Première Guerre mondiale
enfants enfance
colonie colonies colonisation
Afrique
Europe
quête
pacifisme
mystère
voyage
apprendre apprentissage

Regard sur l'affiche et sur le contexte historique

On mènera à présent une première réflexion avec les élèves sur l'esthétique et le contexte historique du film ainsi que sur son personnage principal, Adama, grâce à une observation en grand groupe de l'affiche du film. Cette première réflexion historique se poursuivra au cours de l'animation suivante.

Objectifs

  • Revenir avec les élèves sur le contexte du film
  • Activer ou réactiver les connaissances des élèves sur la Première Guerre mondiale
  • Revenir sur les hypothèses émises à propos de l'affiche avant la vision (voir page 2)
  • Interpréter plus avant l'affiche et les éléments qui la composent

Méthode

  • Discussion ouverte en grand groupe
  • « Lecture » (observation et analyse) de l'affiche en grand groupe

Déroulement

  • Avec les plus jeunes spectateurs, l'on reviendra sur le contexte historique lors d'une discussion en grand groupe sur la Première Guerre mondiale ainsi que sur la colonisation de l'Afrique, les deux éléments principaux de ce contexte.
    Dans cette perspective, il est important cependant que les enseignants disposent de connaissances historiques suffisantes notamment sur la colonisation de l'Afrique. Si nécessaire, ils pourront consulter les informations reprises dans le dossier pédagogique imprimé et consulter les références qui y sont indiquées (informations non disponibles sur cette page web).
  • Avec les élèves un peu plus âgés, l'on reviendra sur la Première Guerre mondiale au moyen des questions plus précises ainsi que des commentaires suggérés ci-dessous.
  • On approfondira ensuite l'observation et l'analyse de l'affiche du film.

Des questions plus précises

  • Avez-vous déjà entendu parler du Centenaire de la Première Guerre mondiale ?
  • Que savez-vous de la bataille de Verdun ?
  • Pourquoi dit-on de ce conflit qu'il est « mondial » ?

→ Ces questions renvoient toutes à la Première Guerre mondiale, conflit armé qui s'est déroulé en Europe et en divers autres endroits du monde au début du XXe siècle, du 28 juillet 1914 au 11 novembre 1918. La plupart des historiens s'accordent pour reconnaître en elle l'événement qui marque réellement le début du XXe siècle avec tout ce qu'il comporte d'innovations technologiques,; innovations technologiques qui en feront par ailleurs le conflit le plus meurtrier jamais connu avec plus de 18 millions de victimes directes.

  • Entre 2014 et 2018, pour commémorer le centenaire de la Première Guerre mondiale de nombreux événements sont organisés et prévus dans les pays impliqués dans ce conflit, notamment en Belgique [1].
  • Verdun est une ville française située sur le front de guerre de l'Ouest. Elle a été le théâtre d'affrontements qui comptent parmi les plus violents du conflit. La bataille de Verdun durera 9 mois en 1916 et donnera naissance à l'expression « l'enfer de Verdun ». Verdun, lieu-symbole de la Première Guerre mondiale, est mis en scène dans le film.
  • Ce conflit est dit mondial en ce qu'il implique des États et régions répartis sur les cinq continents, par le jeu des alliances, mais aussi par l'implication des colonies, protectorats et dominions de puissances européennes en guerre comme la France et le Royaume-Uni principalement. On parlera de conflit « mondial » principalement après l'entrée en guerre des États-Unis en 1917. Pour rappel, les principaux belligérants de la Première Guerre mondiale étaient, d'un côté, la France, le Royaume-Uni et la Russie, composant la Triple-Entente. Ces pays sont rapidement rejoints par la Belgique [2] et puis par les États-Unis en 1917. Opposée à la Triple-Entente, la Triple-Alliance (ou « Triplice ») était composée par l'Autriche-Hongrie (aujourd'hui divisée en deux nations distinctes), l'Allemagne et l'Italie (qui rejoint le camp opposé dès 1915).

L'affiche du film

Une fois évoqué le contexte de la Première Guerre mondiale, l'affiche du film, reproduite en couverture de ce dossier, sera présentée à l'ensemble de la classe de manière à servir de support à la courte activité qui suit.
Les questions suivantes pourraient permettre d'en explorer le contenu :

  • À votre avis, l'affiche du film est-elle tirée du film ? Est-ce une image du film ?

→ Il est important de souligner immédiatement que cette affiche — comme c'est le cas pour beaucoup d'autres affiches de films — est composite, c'est-à-dire qu'il s'agit d'un assemblage de plusieurs images (ou morceaux d'images) extraites du film. Le personnage à l'avant-plan, le soldat à l'arrière, les bateaux et les avions ont été « collés » sur cette affiche, mais apparaissent à des moments différents du film.

  • Sur l'affiche du film, quels éléments indiquent qu'une guerre est en cours ?

→ À l'arrière-plan, l'on peut voir des avions en escadrille ainsi qu'un soldat, le fusil en bandoulière. Les bateaux servent quant à eux à transporter les soldats des colonies vers la France en guerre.

  • Qui est le personnage représenté sur l'affiche ? Quelle est son attitude ? Dans quelle direction regarde-t-il ?

→ C'est Adama, le personnage principal, qui donne son nom au film. Il regarde vers le ciel, de manière interrogative : il est encore en Afrique mais il semble pressentir un avenir incertain.

  • Que peut-on encore dire sur l'affiche, à propos du décor ? Où, dans quelle région du monde pourrait se situer la scène représentée ? Quels indices nous permettent de le dire ?

→ La roche et le sable qui recouvrent le sol se craquèlent sous l'effet de la sécheresse. Les vêtements légers d'Adama laissent penser qu'il se trouve dans une région où les températures sont élevées et la mer, que l'on aperçoit, qu'il se trouve à ce moment-là dans un pays côtier. Le film se passe effectivement dans une région qui connaît des périodes de sécheresse importantes, au point d'être en partie désertique, et qui possède des côtes maritimes : le continent africain et plus particulièrement l'Afrique subsaharienne constituent effectivement le point de départ du film.
On en profitera pour situer le continent africain sur une carte géographique.

  • Quel est le rapport entre le continent africain et la Première Guerre mondiale ?

→ Pendant la Première Guerre mondiale, la France possède de nombreuses colonies en Afrique équatoriale et en Afrique de l'Ouest au sein desquelles elle va recruter environ 180 000 hommes ! Ces soldats seront donc déplacés par milliers vers les fronts de guerre, notamment en Europe, où ils combattront aux côtés de soldats « métropolitains » (nés sur le sol français), mais aussi aux côtés de soldats belges, britanniques et d'autres colonies françaises comme l'Algérie, Madagascar ou l'Indochine [3].. On pourra également leur dire que le film a été inspiré à ses auteurs par l'histoire d'un soldat sénégalais, Abdoulaye N'Diaye, mobilisé pendant la Première Guerre mondiale et venu combattre en France et en Belgique.
Sur 8 millions de soldats mobilisés par la France (dont 1,4 million seront tués ou disparaîtront), on comptera parmi les troupes coloniales :
 ? 180 000 ressortissants d'Afrique noire (dont 25 000 tués ou disparus) ? 175 000 Algériens (dont 35 000 tués ou disparus), [4]
 ? 80 000 Tunisiens (dont 21 000 tués ou disparus),
 ? 40 000 Marocains (dont 12 000 tués ou disparus),
 ? 41 000 Malgaches (dont 2 500 tués ou disparus),
 ? 49 000 Indochinois [5] (dont 1 600 tués ou disparus),
Ce qui fait pour les troupes coloniales un total de 565 000 soldats dont 97 100 tués ou disparus.

Un dernier élément de l'affiche pourra encore être abordé :

  • Quel est l'objet qu'Adama porte en bandoulière ? Semble-t-il important pour le jeune garçon ? Qu'est-ce qui nous l'indique ?

→ Adama porte autour du cou un petit sac de forme cylindrique. Il le tient fermement entre ses deux mains, comme pour éviter de le perdre. On peut donc penser que cet objet qu'il transporte revêt une grande importance à ses yeux.


1. On en profitera pour rappeler éventuellement aux élèves qui auraient eu l'opportunité de les visiter les deux expositions d'envergure organisées à Liège dans le cadre de ces commémorations : « J'avais 20 ans en 14 » à la Gare des Guillemins et « Liège dans la tourmente » au Musée de la Vie wallonne.

2. Pour atteindre la France, l'Allemagne viole la neutralité de l'État Belge en envahissant son territoire le 4 août 1914. La Belgique déclare alors à son tour la guerre à l'Allemagne. Les premiers combats, notamment à Liège, ralentissent la progression des Allemands vers la France.

3. L'animation proposée aux pages 8 et suivantes (du dossier imprimé) sera l'occasion de donner des informations complémentaires sur les colonies françaises et leur implication dans la Première Guerre mondiale.

4. Pour l'Afrique du Nord, une grande proportion des soldats était en fait d'origine européenne et étaient de ce fait considérés comme des citoyens français soumis à la conscription.

5. L'Indochine correspond au Viêt-nam, au Cambodge et au Laos actuels.